Les discours sur le train et leurs directions (opposées)

Publié le 28 Février 2015

Les discours sur le train et leurs directions (opposées)

D'un côté, un discours d'Etat, un discours « national » qui prône le retour à la proximité ferroviaire, qui privilégie l'entretien et la rénovation des lignes de train existantes. De l'autre, des élus bretons qui vantent le TGV et la grande vitesse, toujours dans la même direction : Paris.

 

Guillaume Pepy, le Président de la SNCF sur France Inter ce 28 février 2015 (Émission On n'arrête pas l'éco) insiste bien sur le renforcement de la rénovation des lignes existantes, des lignes TER comme en Auvergne : « les trains de la vie quotidienne sont notre priorité », « on est en train d'entretenir (…) de façon beaucoup plus forte que par le passé les petites lignes « On est vraiment sur le tissu capillaire » martèle-t-il. Il a fait sien le message venu d'en haut.

« On va dépenser 2 milliards 700 millions d'euros pour rénover des lignes existantes »

Guillaume Pépy, Président de la SNCF

Guillaume Pépy veut sans doute contrer aussi le rapport (navrant) du cabinet Degest commandé par le comité central d’entreprise (CCE) de la SNCF et qui prévient que la réforme du système ferroviaire pourrait bien se traduire par le déclin du train.

Priorité aux trains du quotidien selon l'État

 

Le secrétaire d'État aux transports Alain Vidalies a déclaré il y a quelques jours : « les choix qui ont été faits ces dernières années notamment de lancer quatre LGV (lignes à grande vitesse) nouvelles en même temps (qui) se sont faits au détriment (...) de l'entretien des infrastructures existantes, et aujourd'hui (de) la fiabilité du réseau, en partie. » (Le Monde 18 février 2015). Il était interrogé sur la sécurité du réseau mais, après tout, c'est une bonne motivation pour rénover l'existant.
 

Le même Alain Vidalies de reprendre un leitmotiv du rapport Bianco pour réussir la réforme du système ferroviaire (2013) : « priorité aux trains du quotidien ». Le secrétaire d'État a même lancé une commission consacrée aux TET, trains d'équilibre du territoire, qui ne sont pas des TGV mais qui ne sont pas inutiles non plus. Bref, l'État se remet à penser « service public ferroviaire ». Ou alors c'est une façade pour faire semblant de sauver ces trains qui ne résisteront peut-être pas à la libéralisation du transport par autocars ? C'est d'ailleurs une demande que vient de faire la cour des comptes : supprimer les trains de nuit et les intercités et les remplacer par des cars.

Mais bon, on va tâcher de croire que l'État s'intéresse enfin aux « petites lignes » ferroviaires, qu'il arrête de penser exclusivement TGV et rayonnement de la France, qu'il se concentre sur les besoins en déplacement de la « France d'en bas ». On va donc s'enthousiasmer : enfin un peu de bon sens !

 

Fièvre de Grande Vitesse pour la Bretagne

 

Lisons à présent le dernier magazine du Conseil Régional, Bretagne Ensemble.

On y parle encore du futur TGV qui mettra Quimper ou Brest à 3 heures de Paris.

On fait comme si le débat sur l'avenir du ferroviaire breton et la LNOBPL (Liaison Nord Ouest Bretagne Pays-de-Loire) n'avait pas eu lieu. Ce débat a pourtant montré que les scénarios proposés sont loin de faire l'unanimité et qu'il existe d'autres idées qu'il faudrait peut-être creuser un peu ...non ? Citons la page 33 du compte-rendu de ce débat, au chapitre des rencontres menées avec les voyageurs (des gens qui prennent donc le train, même pas ceux qui ne peuvent pas le prendre) :

« Pour la majorité des personnes rencontrées l’amélioration de l’existant et la résolution des problèmes du quotidien ont été les thèmes prioritaires de discussion. Méconnu au départ, le projet LNOBPL était ensuite perçu généralement comme trop lointain pour permettre aux gens de se projeter. »

Compte-rendu du débat public LNOBPL

Il n'est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

Le Conseil Régional se targue par ailleurs d'un investissement de 100 millions d'euros en 2015 dans les transports (le train, c'est sa compétence). Cependant, le Président du Conseil Régional Pierrick Massiot -toujours accroché au prisme du TGV- mentionne

  • la refonte des lignes Rennes-Brest et Rennes-Quimper

  • l'aménagement des 10 gares TGV

  • le renouvellement des rames TER

Il ajoute « la modernisation des infrastructures ferroviaires » doit diffuser la grande vitesse à travers toute la Bretagne. Et c'est tout ?

Quid des trains quotidiens bretons ?

 

Certes, certains Bretons utilisent en effet le TGV comme un TER, pour aller travailler ou pour un trajet « du quotidien », à l'intérieur de la Bretagne.

Mais... d'une part les Bretons qui sont dans ce cas risquent de voir leur halte ferroviaire disparaître dans la frénésie de vitesse (le TGV Brest – Paris ne s'arrêtera pas à Landerneau s'il veut respecter ses 3 heures de trajet).

D'autre part, de TRÈS nombreux autres Bretons ne prennent pas le train au quotidien parce que le service est totalement inadapté …et là, on en revient à notre ligne de TER Brest-Quimper dont les riverains ne profiteront sans doute pas non plus du TGV, même s'ils le souhaitaient.

Bref, de qui se moque-t-on quand on déclare au sommet qu'il faut privilégier la proximité et quand les élus locaux (régionaux en tout cas) regardent fébrilement vers Paris ?

C'est d'autant plus ridicule que même les « forces économiques » (devrait-on dire les lobbys ?) commencent à envisager d'autres scénarios pour le train breton. En particulier dans le Finistère où on s'intéresse autant à Nantes qu'à Paris, si ce n'est davantage.

Alors, les élus régionaux auraient-ils un train de retard ?

 

Sources

On n'arrête pas l'éco France Inter, 28 février 2015

La réforme ferroviaire marquera-t-elle le déclin du train ? Mobilicités 26 février 2015

Rapport Bianco pour réussir la réforme du système ferroviaire (2013) 

Sur le réseau ferroviaire, le gouvernement veut privilégier la sécurité plutôt que la nouveauté, Le Monde, 18 février 2015.

La Bretagne prépare demain, Bretagne Ensemble février 2015

Repost 0
Commenter cet article